Comment est réalisé un habit artisanal

Vous êtes-vous déjà demandé comment se réalisait et se fabriquait un vêtement? Vous êtes sûrement consciente qu’un vêtement fabriqué en usine, en grande quantité, ne se réalise pas de la même manière que celui qui est fabriqué artisanalement, ou que ceux qui sont destinés à la Haute Couture. Même si le processus passe plus ou moins par les mêmes étapes, le travail de réalisation, à savoir la couture principalement, sera très différent, marquant l’immense écart entre les deux mondes, industriel et artisanat. Sans parler de la dimension émotionnelle, où un vêtement artisanal aura été fait avec amour, envie, plaisir et avec l’âme, donnant à la tenue toute une histoire.

Dans cet article, je vais vous dévoiler les coulisses des collections, comment une idée, souvent floue au début, aboutit à un magnifique vêtement ou une collection entière, en vous ouvrant les portes de mon atelier pour une petite visite guidée sur les différentes étapes (et elles sont nombreuses!) de création. Je vais être transparente sur le temps que cela prend pour chacune, même si cela reste une estimation générale (chaque collection, vêtement étant différent, il peut avoir un temps plus ou moins varié entre les modèles) et c’est là qu’on se rend vite compte qu’un simple habit demande du temps et de l’énergie.

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Les différentes étapes du processus de réalisation

Pour passer de l’idée au vêtement, quelques étapes indispensables et qui sont pertinentes pour moi, dans ma façon de travailler et de créer, sont obligatoires. Voici donc la liste des différentes étapes pour réaliser un habit dans mon process:

  • Inspiration et idée
  • Recherche des tissus, motifs, etc
  • Choix des tissus, des couleurs
  • Page d’ambiance
  • Croquis et dessins
  • Patronage
  • Prototype
  • Retouches sur les patrons
  • Gradations des patrons
  • Achat des tissus et du matériel
  • Coupes des tissus
  • Couture, assemblage des pièces
  • Couture, finitions

Tout ceci contribue à la bonne réalisation des vêtements cousus chez Crocus, d’amener une idée et la concrétiser en vêtement. Si je pars d’une de vos envie ou besoin, le processus sera plus ou moins pareil, l’inspiration remplacée par une discussion autour d’une tasse de thé avec vous, et on peut rajouter des essayages à certains moments intermédiaires.

Au début une idée, une inspiration

Avant tout, il faut une idée, qui peut venir de beaucoup de sources, l’inspiration venant de tellement de choses! Je suis curieuse, j’aime voir et regarder, j’adore collectionner les images, tout peut m’émerveiller, je suis une sorte d’éponge. Cela peut aussi être un thème qui est le point de départ, comme les voyages ou les fleurs. Cela peut aussi venir d’un détail de finition que j’ai bien aimé, et que j’ai envie d’exploiter et de décliner de différentes manières. Mais j’ai remarqué que souvent, j’ai des idées en tombant amoureuse de tissus, de leurs couleurs et de leurs imprimés, ou de la façon de les marier ensemble.

Par exemple, la gamme Patch’Mode a vu le jour parce que je ne voulais pas jeter mes restes de tissus. La gamme des Foulards transformés avec un coup de foudre pour un carré de soie. La collection Maille d’Hiver, car je voulais de jolies tenues d’hiver, cocooning et loin des couleurs foncées. Voyage, Voyage partait de tissus ramenés de voyages, Fleurs Givrées, de la dentelle et du givre.

J’ai aussi pour les collections futures, qu’elles soient grandes ou petites, envie de puiser les idées et l’inspiration dans mon stock de tissus (et qui n’est pas anodin!) qui attendent, rejoignant mon penchant naturel de trouver mon point de départ à partir de là. Cela sera chose faite avec la collection pour ce printemps-été 2022. (oui, oui, je vous tease légèrement 😉 )

Habituellement, l’idée trotte et cogite dans ma tête, parfois à tel point que la collection ou le modèle est prêt dans mon esprit! La case recherche plus active n’est donc presque plus nécessaire, elle a déjà été réalisée par mon cerveau, en mode indépendant, lors d’insomnies ou de moment propices.

Cette étape d’inspiration et d’idée, je ne peux pas vraiment la quantifier en terme d’heures, car l’idée peut surgir d’un coup, sans y penser (et j’ai déjà donc une idée pour une collection futur) ou alors provenir d’un processus plus long, sans que rien ne me plaise jusqu’au moment où c’est la bonne. C’est une étape que je pourrais qualifier d’énergie grise, non visible et non comptée dans le coût de mon vêtement, mais pourtant nécessaire. Comme celle d’après d’ailleurs.

Recherches et choix

A partir de là, je réalise des recherches, souvent d’images pour étayer et élargir mon idée première (Pinterest m’est d’une grande utilité dans ce cas), et c’est là que je vais creuser encore et encore l’idée pour qu’elle devienne précise et concrète. Si ce n’est pas déjà défini dans l’idée et l’inspiration, je réfléchis aux couleurs principales qu’aura la collection (par exemple pour Fleurs Givrées, le menthe était une évidence), si je pars de tissus imprimés utilisés pour les motifs et détails des modèles Patch’Mode, je fais des recherches pour marier au mieux les imprimés avec les couleurs unies des jersey, tout en veillant à ce que cela reste dans le thème, en regardant ce que j’ai en stock ou allant dans les magasins ou les boutiques de tissus en ligne pour acheter des échantillons.

C’est aussi à ce moment que je pars à la recherche des motifs qui orneront les tenues Patch’Mode, pour que cela soit en lien avec le thème de la collection. Je regarde dans ce que j’ai déjà réalisé, et je cherche également des nouveaux. Ici le choix se portera toujours sur des motifs qui pourront être reconnus facilement rien qu’avec ses contours, sans détails dans tous les sens, ce qui élimine souvent une bonne partie de ce que je trouve, mais qui m’enrichisse ou m’oblige à trouver une solution si c’est une évidence que tel motif figure dans la collection (je me souviens du paon pour la collection Voyage, Voyage!)

Cette étape, un vrai plaisir pour moi, prend du temps (aussi une énergie grise dans mon processus), il faut compter une bonne semaine en moyenne avec les recherches sur le net et autres supports, le tri, le choix définitif des différents éléments (tissus, couleurs, motifs, titre de la collection). Ce dernier, souvent je l’opère quand je me mets à faire la page d’ambiance. C’est une page qui regroupe différents éléments (des images, une palette de couleurs, des échantillons de tissus) qui en un coup d’oeil donne l’ambiance, la vision et le ressenti de la collection. J’aime beaucoup en faire, même si elles restent assez basiques avec juste quelques aspects, néanmoins elle m’aident à faire mes choix et à moins partir dans les multitudes d’idées et déclinaisons que j’entrevois toujours! Ou carrément, me donne le signal d’alarme que ce que j’ai choisi n’est pas top et je recommence de zéro, ou presque!

Croquis et dessins

Une autre étape énergie grise dans mon processus et un grand plaisir aussi, que je réalise souvent en même temps que celle des recherches et du choix, est celle des croquis. Je mets les premières idées sur le papier, sous forme de croquis rapides, en dessinant plusieurs manières d’incorporer l’idée de base dans le vêtement, en effectuant des variations dans la coupe, la couleur, les longueurs, etc. C’est souvent à l’étape de croquis que je crée de nouvelles coupes de vêtements pour enrichir les gammes déjà proposées. Cela peut déjà donner une idée générale de la future collection, voir quelle idée est à garder ou au contraire, à jeter.

Les motifs qui ornent les modèles Patch’Mode passent aussi par la case dessin, car je les dessine, les adapte aux contraintes techniques, et recherche la meilleure grandeur pour les tenues (ni trop petit, sinon c’est ridicule, ni trop grand, cela ferait vite trop enfantin) avant de les découper pour m’en servir de chablons lors de la coupe des tissus.

Ensuite, je fais donc un tri, je sélectionne les nouvelles coupes que je veux garder et présenter. Puis je passe aux dessins plus précis, une sorte de dessin technique simplifié, pour mieux réfléchir à comment assembler et coudre tel vêtement, les tissus à utiliser, les finitions à réaliser. C’est une partie plus technique, qui prend en compte la partie pratique de la réalisation. Car la dentelle ne se coud pas de la même manière que du coton, certains tissus ont des spécificités qui serait dommage de ne pas utiliser, comme cette cotonnade blanche sublime pour la future collection (oui, je continue à teaser 😉 ) ou qui m’oblige à réfléchir à comment mieux poser le patron sur le tissu. Cela prépare les étapes suivantes et évite les plus grosses mauvaises surprises.

Pour la plupart des modèles, cette étape n’est plus nécessaire, ayant déjà travailler dessus, et depuis, j’ai affiné les détails pour que le vêtement soit mieux de fois en fois. Et ceci grâce à vos retours et témoignages! Mais pour tout nouveaux modèles, c’est primordiale de se poser les questions techniques, comme « comment je finis cet ourlet? » ou « comment puis-je assembler ces deux étoffes, l’une étant plus fine et fragile que l’autre? » De plus, c’est grâce à ces dessins techniques, que je saurai comment construire le patron du vêtement. Une autre semaine a passé souvent pour cette étape croquis et dessin.

Patronage et prototype

Un patron, en couture, est le chablon utilisé pour couper les différentes parties qui composent un habit. Donc une fois que le dessins des différentes silhouettes de la collection est fini, je m’attèle à faire les patrons. Si la coupe utilisée reprend une ancienne silhouette, avec les tissus qui changent, il est déjà prêt. Par contre, dès que j’introduis une nouvelle coupe, je crée un nouveau patron. Je ne pars pas de patrons déjà réalisés, style patron Burda pour celle qui connaisse, pour après juste les modifier. Non, je les réalise entièrement. Cette étape est cruciale, car c’est le patron qui déterminera le tombé, et l’allure finale du vêtement. Il faut donc être précise et c’est mathématique comme façon de penser, les mesures étant données, si on ajoute à quelque part, il faut enlever autre part pour les garder exactes.

Crayons, gommes, règles, perroquet (sorte de règles avec des arrondis partout, avec une silhouette faisant penser à l’oiseau), papier de soie et scotch invisibles sont mes outils pour les faire. Il faut compter environ 1,5 à 3h pour réaliser un patron, selon le modèle. Plus le modèle aura des détails comme des volants, des plissés, des poches, des cols ou autres, plus cela prendra du temps en toute logique. A partir de cette étape, je comptabilise les heures pour mon calcul de prix.

Quand j’ai fini, je réalise un prototype, dans une toile de coton basique (ou autre étoffes basiques la plus ressemblante possible au tissu qui sera utilisé pour le vêtement). Ici j’assemble rapidement les différentes pièces, si quelques finitions plus compliquées ou inédites, je les essaye également. Une fois le prototype fini, je contrôle la coupe, les dimensions, etc et si besoin j’apporte les modifications nécessaires au patron. Ici aussi il faut compter également entre 2 à 3h pour la réalisation de la toile, en comptant la coupe du tissus et l’assemblage basique, ainsi que les rectification sur le patron.

Une fois sûre que les patrons sont parfaits, je les réalise en plusieurs tailles (pour le moment en S, M et L, les autres tailles sont sur demande), ce qui s’appelle une gradation. Il faut compter environ une heure supplémentaire par modèle.

Coupe et couture

Une fois les patrons faits, la partie couture à proprement parlé peut commencer. Mais avant une étape importante, et qui est également chronophage et une énergie grise, celle des achats des tissus et du matériel nécessaire, comme les fils, les boutons ou fermetures, biais, étiquettes et autres. Les tissus proviennent en grande partie de chez Merci les Abeilles et Kreando, pour les jersey bio. Les autres tissus viennent d’autres sources, plus épisodiques, voire de mes voyages, ou alors du magasin Alja, où je me fournis également en mercerie. Ce sont toutes 3 des entreprises suisses.

Pour les tissus, la commande peut se faire par le net, mais pour les fils et tout ce qu’il faut pour assortir au tissus, je suis obligée de me déplacer. Car rien ne vaut l’oeil pour voir les teintes exactes! Malgré la grande collection de fils que j’ai actuellement, il faut toujours 1 ou 3 teintes nouvelles ou tout simplement, il faut renouveler. Si j’ai de la chance et que ce qu’il me faut est à Alja, je « perds » pas trop de temps. Mais souvent les achats s’étalent sur quelques jours, le temps que je fasse plusieurs enseignes.

Une fois tout le matériel réuni, je passe à la réalisation, ou délègue à mon aide-couturière, Doriane, qui travaille de la même façon que moi. Après avoir lavé et repassé les tissus, je coupe les différentes parties dans les différents tissus qui composent la collection, posant les patrons de manière à perdre le moins de tissus possible. Dès les pièces coupées, l’assemblage peut commencer. Epingles, faufilage si nécessaire, puis couture en machine. J’utilise des Bernina, que ce soit pour les coutures basiques et pour l’overlock. Cela fait depuis 2005 que je les ai, et elles sont toujours au top! L’assemblage des grandes pièces qui composent le vêtement (devant, dos, manches, bandeaux, etc…) n’est pas la partie qui prend le plus de temps, mais faut compter quand même 1,5 à 2,5 heures selon le modèle.

Si ce sont des modèles qui ont besoin de biais (petits rubans souvent en coton pour des finitions), assortis aux motifs, par exemple dans les modèles de la gamme Patch’Mode, le biais est fait par mes soins. Il faut couper des bandes de tissus dans la diagonale, les assembler puis les plier en deux, puis encore en deux, et tout repasser pour bien marquer les plis. Cette partie est très longues à faire mais cela donne un ensemble cohérent au modèle avec une petite touche sympa dans les détails.

Une fois les coutures faites, un petit coup de fer pour rendre bien nette chaque couture. Ensuite, les finitions. Ce qui concerne les ourlets, les encolures, les boutons ou fermetures Eclair, les petites décorations, coudre les étiquettes. Certaines de ces finitions se cousent à la main pour un résultat plus propre. Cette partie, qui peut sembler courte est en fait tout aussi longue, voire plus longue que l’assemblage des grandes pièces! Il faut rajouter donc environ 2 à 3h pour que la tenue soit terminée à 100%.

Un vêtement artisanal, cela prend du temps

En conclusion, un vêtement demande du temps, une moyenne de 35h, de l’idée à la réalisation, sans compter les petits temps et contretemps qui peuvent surgir. Il faut aussi se rendre compte, que si je parle qu’il me faut une semaine pour l’étape de dessin par exemple, ces heures-là sont étalées sur quelques semaines, car il y a dans la vie entrepreneuriale d’un styliste indépendant, d’autres aspects de son travail à exécuter en parallèle (shooting, mise en ligne, démarches auprès de boutiques, marchés, communication sur les réseaux sociaux, administratif) pour que vous puissiez connaître son offre.

Mais en contrepartie, l’artisane et créatrice que je suis met son coeur et son amour dans ses modèles, et qu’à son échelle, le monde de la mode puisse évoluer dans le bon sens, que la joie, les couleur et l’éthique puissent se répandre partout dans vos penderies et vos coeurs, car vous saurez et ressentirez toute l’âme des créations Crocus derrière chaque modèle.

Vous aviez imaginé qu’un habit réalisé artisanalement puisse prendre autant de temps ?

Comment est réalisé un habit artisanal

2 commentaires »

  1. Merci pour toutes ces explications!
    C’est magique et heureux d’avoir un vêtement imaginé, dessiné, cousu par tes soins.

    Est-ce que ton cahier de silhouette a des silhouettes déjà dessinées ou est-ce que tu dessines chacune d’entre elles pour les « habiller » différemment les unes des autres?

    • Merci pour ton commentaire! de rien pour les explications! Hésite pas à partager si tu trouve l’article intéressant. Et je suis trop contente que tu sois heureuse d’avoir un de mes vêtements!

      Et pour répondre à ta question, mon cahier a déjà les figurines prédessinées (elles ont le contours en pointillé), cahier que je me suis offert de chez Fashionary. Mais avant, (comme on peut le voir sur l’image des croquis juste plus haut) je dessinais la figurine et la reproduisais plusieurs fois pour les « habiller » différemment. Je gagne un poil plus de temps avec ce cahier. 😉

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